Sans titre

                Aujourd’hui encore, pour nos collégiens et lycéens, l’étude de l’histoire du monde débute par un examen superficiel de que ce furent l’Egypte ancienne et Babylone, pour s’arrêter ensuite sur la Grèce et Rome puis, après un ultra-rapide coup d’œil jeté sur l’histoire de l’Islam qui se conclue par l’épisode de la Bataille de Poitiers, passer aussitôt au Moyen Age et de là enfin aux Temps Modernes.

Il est à reconnaître que l’Enseignement de l’Histoire de l’Islam n’est ni objectif ni équitable. Serait-il encore trop tôt pour reconnaitre qu’il n’existe pas un « trou noir » dans l’histoire humaine, mais qu’au contraire, cette période du VIIIème au XIV siècle a vu s’épanouir une civilisation arabo-musulmane, l’une des plus brillantes de l’Histoire. Un devoir de Mémoire est nécessaire à cette reconnaissance. En effet, L’Histoire de l’Islam et de son apport dépasse de loin le simple rôle « transmetteur » des trésors des Anciens qu’on lui confère.

Loin de dénigrer le travail extraordinaire des traducteurs musulmans polyglottes, qui a permis de refaire découvrir aux européens leur héritage culturel des Grecs d’Orient ; ou de minimiser l’importance des mécènes musulmans et les scriptes dans la constitution de la mémoire livresque de l’Humanité ; Il est crucial de remettre à sa juste valeur le rôle de l’Islam qui a dépassé le statut de « chaînon manquant », ou de pont entre deux rives pour en devenir le fondateur d’une civilisation nouvelle, habitée par le renouveau dans la continuité et l’innovation dans la reconnaissance de l’héritage des Anciens et prédécesseurs.

L’Islam a été grand, et rayonnant, par son Universalité , lorsqu’il a été fidèle au message coranique et prophétique; il a réalisé à la fois une libération religieuse, basée sur une ouverture à tous les hommes de foi, contre tous les sectarismes, avec un pouvoir d’intégration de tous les messages antérieurs.

Il a introduit une révolution sociale qui opposait, à la conception romaine de la propriété, avec son droit d’user et d’abuser, le principe coranique « Dieu seul possède et l’homme n’est que le gérant responsable de cette propriété ».

 L’Islam a permis enfin une mutation culturelle profonde : A la différence de la conception grecque de la culture, fondamentalement dualiste (par son opposition du sensible et de l’intelligible, de la nature et de l’esprit, de Dieu et du monde) ; la vision musulmane est essentiellement unitaire.

En effet, le monde sensible, les phénomènes de la nature ne sont que des signes (Ayat) de Dieu, un langage que Dieu parle à l’Homme. L’Islam a ouvert la voie à une philosophie de l’ACTE, du jaillissement créateur incessant qui porte en elle ce principe de mouvement et de renouvellement avec un dynamisme intrinsèque.

Comme conséquence de cette conception, la science indivisiblement expérimentale et mathématique, prend un essor considérable dans tous les domaines : Astronomie, Géographie, Médecine, Sciences Sociales, Philosophie, Mathématiques, Physique, Chimie et Arts. Par ailleurs, l’essentiel de l’apport de la science arabo-musulmane ne réside pas seulement dans la méthode expérimentale, les développements théoriques et l’impressionnante quantité de découvertes, mais aussi dans le lien crée entre la Science, la Sagesse et la Foi.

Aussi, la sagesse ne limite-t-elle pas l’action de la science dans sa recherche des causes ; la sagesse recherche des fins pour que la science serve à l’épanouissement de l’Homme et non pas à sa destruction.

La foi quant à elle, est une troisième dimension qui commence avec une prise de conscience lucide de la limite de la raison et de la sagesse. Elle devient le postulat nécessaire à leur cohérence et à leur union. La foi n’est pas une limite ou une rivale de la raison ; elle est une raison sans frontière ; la révélation relaie la raison qui nous conduit à la reconnaissance de l’acte créateur. Voilà un apport original d’Averroès.  

C’est en s’appropriant les conquêtes musulmanes sur les plans technique, sanitaire et administratif, en adoptant aussi ces conquêtes sur le plan culturel que l’esprit occidental s’éveilla enfin d’un engourdissement vieux de plusieurs siècles et déplia ses ailes pour prendre son essor.

Les relations entre le monde musulman et « l’Occident » ont été, et ce depuis toujours complexes et compliquées ; une dualité passionnante et passionnée dans l’attraction et la répulsion. Cependant, en dépit de la haine et de la méfiance, l’Humanité, a su en tirer un immense bienfait.

Pour les musulmans où qu’ils soient, revenir aux ressources c’est retrouver les sources vivifiantes et le dynamisme créateur de l’islam matinal pour s’arracher d’un sommeil dogmatique fondé sur une lecture sclérosée et ruminante des Textes.  La suffisance est le contraire de la transcendance.

Sigrid Hunke écrit dans la conclusion de son livre « Le soleil d’Allah brille sur l’occident » que la haine religieuse et l’intolérance ont toujours été les pires ennemies de l’Homme et le frein à tous progrès et épanouissement qui ne s’opèrent d’ailleurs jamais sans des échanges, une ouverture et une considération réciproque. On peut ajouter que la conscience humble de chacun de ce qui manque à sa propre foi pour être plus humaine, conditionne un dialogue véritable.

La RAMN 11 avec sa thématique « L’Apport de l’Islam à l’Humanité » se veut une occasion d’échanges et d’une réflexion approfondie sur ces questions sensibles, non seulement sur le plan historique, mais aussi sur le plan de l’avenir de l’Islam de France et d’Europe.